dimanche 3 août 2008

Robert DOSSOU : Les Liaisons dangereuses

Elu sans coup férir président de la Cour Constitutionnelle, « Bob » comme l’appellent ses anciens camarades de la légendaire Fédération des Etudiants d’Afrique Noire Francophone (FEANF) a du mal à chasser le naturel. Son militantisme séculaire revient au galop et l’on se demande comment le sage Dossou parviendra t-il à éclipser le partisan Robert.
On peut incarner un bon président de la Cour Constitutionnelle et entrer plus tard au panthéon de cette juridiction avec un profil inégalable d’ancien bâtonnier, défenseur des martyrs de l’agression du 16 janvier 1977, d’ancien patron du Décanat de la Faculté des Droits de l’Université Nationale du Bénin, d’ancien député et président de la Commission des lois de l’emblématique première législature du Renouveau démocratique, d’ancien ministre de deux régimes politiques contradictoires voire d’ancien candidat malheureux à la Magistrature suprême.
Mais, même avec un curriculum vitae aussi épais, on peut – sans s’en rendre compte - passer à côté de son mandat de « premier sage ». Il suffit pour cela de ne pas renier le passé récent et les connivences qui vous poussent à afficher au grand jour un soutien au candidat futur vainqueur de l’élection présidentielle, d’être en plus sous les feux de la rampe pendant les campagnes électorales des législatives et puis des communales, de bénéficier d’une procédure bancale de nomination à la Haute Juridiction, de prêter serment devant un lambeau de bureau du Parlement, de rassurer l’opinion publique qu’on accomplira sa fonction « en toute probité et en toute indépendance » pour enfin démarrer par un flop.
A tous égards, était-il opportun pour le sage Dossou fraîchement désigné pour siéger à la Cour Constitutionnelle en dépit des récriminations de l’opposition sur la procédure de nomination des nouveaux membres de cette juridiction, de s’investir dans une campagne électorale locale aux côtés des Forces Cauris pour un Bénin Emergent ? Y a-t-il une explication rationnelle à s’aliéner la confiance des citoyens en rendant une décision de droit aussi controversée sur le blocage des activités parlementaires, le soir d’une audience accordée au partisan Robert à la Marina ?
Pour autant, ceux qui s’attendaient à un effet de catharsis chez l’actuel président de la Cour Constitutionnelle ont tout faux. Car « Bob » a passé l’âge de la déloyauté. Pour lui, s’accommoder de « l’intrus » est naturellement le chemin de la vertu. S’en délier apparaît à ses yeux comme une fourberie, une traitrise.
Mais le danger d’une telle allégeance, c’est que le pacte politique qui pourrait exister entre les deux têtes de l’exécutif et du juridictionnel prend en otage le citoyen lambda, le contribuable. « Car enfin s’il fallait donner une preuve de l’utilité et de la grandeur de ces institutions, il faudrait bien dire que c’est l’Etat qui les subventionne », pour citer le personnage de Meursault dans l’Etranger d’Albert Camus.

mercredi 9 juillet 2008

« L’intrus » ignorait-il la maison ?

Attendu comme le « messie », le docteur-président est sous le coup d’un effet boomerang. Face à une opposition politique ringarde et agonisante sous Mathieu Kérékou, Boni Yayi a réussi à en raviver les flammes. Tout se passe comme si l’inspirateur du changement ignorait la maison.

L’enthousiasme populaire qui a porté Boni Yayi à la Marina en 2006, s’étiole et l’unanimisme qui a habité la classe politique et la presse locale aux lendemains de sa prise de pouvoir, s’érode. Le président n’est plus majoritaire. Tout au moins à l’Assemblée nationale. La grogne sociale se profile, l’insécurité règne en maître et le délestage a fini par étouffer la propagande gouvernementale. Du coup, le pouvoir se retrouve groggy face à des opposants ragaillardis et dopés par leur dernière percée électorale. La faute à qui ? A « la maison » ou à « l’intrus » ?

L’état des lieux de « la maison » est pourtant sans équivoque. Le plan de la concession, dont la fondation politique repose sur quatre poutres d’électeurs répartis sur les différents points cardinaux du pays, n’admet pas de vie en vase clos. On n’y accède par le vestibule, où siège « la vieille classe politique » avant de se diriger, via des couloirs de concertations, vers les logis des différents partis politiques. Au faîte de cette habitation, trône le sceptre de la « laïcité ». Ce n’est pourtant pas une habitation d’agnostiques, c’est seulement que les dévotions sont admises dans le respect des diverses croyances des habitants sans que celles-ci ne concourent à façonner l’idéologie des politiques. La vie dans cette demeure se résume en une redondance salutaire: démocratie, démocratie, démocratie.

Vous avez dit démocratie ! Voilà le maître-mot qui a bénéficié à « l’intrus ». C’est au nom de la démocratie et de la liberté de concourir que « l’intrus » s’est invité dans le jeu politique. C’est au nom de la démocratie et de la liberté de choisir, que « l’intrus » a réussi à aspirer la moelle des partis traditionnels actifs dans le Septentrion pour en faire des coquilles vides. C’est au nom de la démocratie et de la liberté d’expression et d’opinion que « l’intrus » a gagné la sympathie des promoteurs de presse. C’est au nom de la liberté de s’associer que « l’intrus » a actionné et multiplié les mouvements de soutiens à sa candidature et poursuivi sa campagne de débauchage des militants. C’est au nom de la démocratie et de la liberté de pensée que « l’intrus » a ravi à la Société civile, ses thèmes de prédilection pour en faire des thèmes de campagnes. C’est enfin au nom de la démocratie et du suffrage universel que « l’intrus » a remporté le suffrage universel.

Mais, « l’intrus » connaissait-il réellement « la maison » ? En paraphrasant le titre de l’ouvrage du journaliste Edouard Loko qui « aurait pu être écrit par Charles ou Tibo », les grincements de dents tant au niveau de certains des « onze » premiers soutiens de Boni Yayi que des « ouvriers de la dernière heure » montrent les limites de l’intrusion en politique. Alors que l’actualité politique foisonne de l’éventualité de la destitution du président de l’Assemblée nationale, de convulsives manifestations dans les communes sans autorités, des trahisons au sein de l’alliance FCBE, la presse fait état de l’imminence de la formation d’un gouvernement d’union nationale comme pour avaliser l’idée que le pays est en crise.

Non ! Le Bénin n’est pas en crise. Le gouvernement gouverne et l’opposition s’oppose. C’est le jeu démocratique. En 2011, il y aura une élection présidentielle. Le vainqueur proviendra de l’un des deux camps. En cas d’entrée dans un gouvernement d’union nationale tel qu’envisagé, l’opposition court le risque de galvauder sa montée en puissance. Quant au chef de l’Etat, il n’a aucun intérêt à composer avec une classe politique qui ne partage pas sa méthode de gouvernance. Indubitablement, les forces en présence s’équilibrent et c’est tant mieux pour la démocratie si aucune dialyse n’intervient à la phase actuelle.
Dans moins de trois ans, chaque partie aura à conforter son image. Car, avec un peuple amnésique comme celui du Bénin, on peut réussir tous les coups en politique. Amnésique, il peut s’identifier rapidement et de façon béante et bêlante à un « leader », ou « messie », ou « intrus ». Revanchard, ce peuple l’est aussi et peut à tout moment prononcer l’amère sentence : « un tiens vaut mieux que deux tu ne l’auras pas ».

dimanche 25 mai 2008

Le G13 à la recherche d'un leader

Auréolé de ses succès électoraux dans diverses communes du Bénin profond, le G13 a l'obligation politique de se structurer très tôt derrière un leader capable de porter un projet de société et de gouvernement avant l'échéance cruciale de 2011. Autrement le pot de fer issu du scrutin municipal, communal et local risque de se muer en pot de terre, au grand dam de l'avenir politique des associés de cette formation.

L'adage selon lequel "il faut un capitaine dans un bateau" colle bien à cette nouvelle barque politique appelée G13. Cette formation qui évolue comme un mille pattes, - Dayori dans le nord ouest, Issa Salifou dans le nord–est, Gnigla dans le littoral du Sud-ouest, Ficarra dans la vallée du sud ouest, Agoua au Centre, Domingo au Sud-est, etc..-, a besoin d'une tête forte pour orienter ces pas de géant. Car, la friabilité des regroupements politiques au Bénin si souvent liée aux mirages du gâteau gouvernemental porte aussi un nom : l'absence de leadership.

Si le G13 semble bien s'enorgueillir de la coupole d'anciens ministres, d'hommes d'affaires et d'anciens directeurs de sociétés publiques, la tentation de goûter une nouvelle fois dans l'immédiat aux privilèges du pouvoir n'est pas à exclure. Depuis l'avènement du renouveau démocratique, nombreuses sont les alliances de partis politiques qui ont volé en éclats après la formation d'un gouvernement. Normal, dira-t-on d'autant qu'après les élections, chacun des partis espère voler de ses propres ailes.

Cependant, l'histoire politique depuis 1991 démontre aisément que les partis structurés autour d'un leader sont les seuls à conserver une identité propre. Le PRD avec Adrien Houngbédji, la RB avec Nicéphore Soglo, le PSD avec Bruno Amoussou, le Madep avec Sefou Fagbohoun, et plus récemment encore Force clé avec Lazare Sehoueto. Par contre des partis évoluant dans des alliances de pétaudière, sans possibilité de leader à long terme, comme le RAP, le G17, l'UBF et plus proche l'IPD et le FARD Alafia ont fondu comme des glaces au soleil. Ainsi, bien que né avec des dents et comptant en son sein un ancien candidat à l'élection présidentielle, le G13 a besoin d'un grand souffle pour survivre aux soubresauts politiques.

La dimension présidentiable d'Antoine Dayori suffit-elle pour aiguiser son leadership au G13 ? Le sang froid de Venance Gnigla est-il un atout maître ? La dimension financière de Issa Salifou, Edmond Agoua ou Cyriaque Domingo assure à chacun d'eux le titre de commandeur ? Ou plutôt doit-on miser sur l'ardente résistance politique de Sacca Ficara pour lui confier le sceptre du G13 ? Autant de questions qui dans l'immédiat des réponses font plomber la question du leadership.

Une chose est certaine en restant entre les quatre murs de leur alliance politique, les éclaireurs du G13 risquent un suicide politique tant la stratégie très centriste du "ni mouvance ni opposition" risque à terme de lasser les militants et sympathisants. A moins de se trouver un leader extérieur qui transcende les différentes forces et faiblesses du groupe et qui incarne à bien des égards l'unité nationale et la compétence sans pour autant porter les stigmates d'un boulanger prêt à rouler ses soutiens politiques dans la farine.
Ce leader existe bel et bien. Et il faudra, en le trouvant, s'identifier très vite à lui dans la perspective de constituer un groupe victorieux à l'élection présidentielle de 2011. Encore faudra-t-il que les prétendants à ce leadership expriment le besoin d'incarner le G13. De surcroît, bien intelligent sera celui qui aura tendu la première main en direction de ce vivier électoral !

samedi 3 mai 2008

Au delà de la démission de Fabisch

La glose consistant à justifier par une erreur de casting le départ de l'excentrique technicien allemand apparaît superficielle. Le chapelet des démissions s'égrène inexorablement. En moins de six ans, huit sélectionneurs des Ecureuils ont jeté l'éponge. Une récurrence qui oblige à fouiller dans les décombres. Comme le confiait en novembre 2003, l'ancien capitaine de l'équipe nationale, Jean Marc Adjovi Bocco, qui a depuis ses mésaventures en 1997 choisi le Sénégal comme sa seconde patrie après la France, "Les Ecureuils à la CAN, c'est l'arbre qui cache la forêt".

Comment taire, en effet, la médiocrité ambiante sur les pelouses et dans les arcanes décisionnelles pour justifier par des tirades oiseuses les fugues des techniciens étrangers engagés à prix d'euros. S'ils ont tous jeté l'éponge à un moment crucial de leur séjour, c'est moins en raison de leur incompétence à insuffler un nouveau souffle au football béninois qu'à leurs difficultés à travailler dans un environnement hostile au progrès et à la modernisation.

Taelman, Atturquayefio, Simondi, Neveu, Révelli, Dévèze, Edmé, Fabisch ! Huit (8) entraîneurs de haut niveau passés à la trappe des intrigues, de l'amateurisme, de l'ignorance et de la gloutonnerie des dirigeants. Au Bénin, la durée moyenne d'un sélectionneur est de seize (16) mois. Trop peu et trop court pour doter l'équipe nationale d'une bonne crème.

L'affairisme des dirigeants de la Fédération béninoise de football et la myopie affichée par les différents ministres des Sports ont fini par ôter à ces missionnaires du ballon rond tout enthousiasme de travailler dans le pays. La nébuleuse imbrication des sélectionneurs tire sa source dans la gourmandise (argent s'entend) de nos dirigeants.

René Taelman, débarqué d'une galerie de la presse sportive belge puis horriblement lâché par son mentor Moucharaf Anjorin, a plié bagages à Khartoum, loin de son lieu de travail. Entre temps, il a servi de marionnette pour la Fédération qui voulait contrer les velléités du ministère de tutelle d'imposer le Français Bernard Simondi à la tête de sélection nationale.

Une fois le consensus trouvé avec les responsables de la Fédération dans la répartition des subprimes de la participation des Ecureuils à la CAN 2004, sur le dos du contribuable béninois, c'est le ministre des Sports de l'époque qui écrit et exécute le scénario de la traque du Français. Bernard Simondi, avant de partir, a assigné l'Etat béninois en justice.

Quant au Ghanéen Cecil Jones Atturquayefio, dont le salaire aurait subi trop de coupes sombres, il a filé un matin à l'anglaise pour son pays, avec à la solde une plainte contre la Fédération béninoise de football adressée à l'instance faîtière du football, la FIFA.

Les Locaux Edmé Codjo et Wabi Gomez, deux souffre-douleurs sont régulièrement appelés pour parer les défections mais avec des salaires exécrables. "Quand on voit, au-dessus, comment les responsables et les entraîneurs étrangers se sucrent, on joue aux bouches-trous par patriotisme", confie l'un d'eux.

L'aventurier Serge Dévèze à qui l'encyclopédie libre Wikipedia ne consacre que quatre grincheuses lignes, a quitté le navire après avoir envoyé une bafouille depuis son pays natal. Bafouille dans laquelle, il expliquait en des termes voilés l'impossibilité de poursuivre sa mission.

A présent Reinhardt Fabisch, présenté comme le "sauveur" pour la phase finale de la CAN 2008 et pour une éventuelle qualification à la Coupe du monde 2010, s'est carapaté prétextant d'une maladie. Les mauvaises langues disent que le technicien allemand a été envoûté. Un départ qui loin de régler la situation installe une atmosphère de pourrissement dont seuls profitent les responsables de la Fédération et du ministère des Sports.

Bref le Bénin qui n'est pas un Etat riche, mais dont les dirigeants du football vivent comme dans un pays de Cocagne, devrait se mettre très tôt à l'école sénégalaise. Les distractions du genre "Forum national du sport" ne sont que louvoiement et tentative de noyer le poisson dans un pays dénué de professionnels de haut niveau. Pour une bonne ambiance de travail, il faudra très tôt karchériser le milieu sportif, seule condition pou ne plus paraître ridicule dans les rendez-vous internationaux.

mardi 1 avril 2008

Roger Gbégnonvi : mandarin ou griot

Professeur,

Qu'il me soit permis dans cette analyse d'adopter la démarche de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive "protégé" par un mariage "mixte" qui a observé l'évolution du discours dans l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945 pour mettre en exergue de manière empirique la "LTI, Lingua Tertii Imperii" ou "la Langue du Troisième Reich". Non pas que j'y trouve une similitude avec votre vie conjugale et loin de moi toute idée de transposition de l'Allemagne de cette période ubuesque de l'histoire de l'Humanité à la phase actuelle que traverse notre pays.

C'est plutôt que jeune étudiant à la Faculté des Lettres de l'université nationale du Bénin (UNB) au milieu des années 90, j'ai passé mon temps à ramer à contre courant des commentaires antipathiques en vous 'portant dans mon cœur' sans pour autant vous connaître que par l'intitulé de votre Cours de "Stylistique et Rhétorique" qui soulevait en moi fougue et exaltation.

Dois-je aujourd'hui me mordre les doigts pour ma fringale de toute publication signée Roger Gbégnonvi ? Assurément non ! Car dans ce nectar de productions intellectuelles, je continue de puiser un côté analytique intrinsèquement lié à la pureté de votre style (littéraire). Par contre j'ai haut le cœur quand je découvre d'une manière pathétique sur bien des aspects éthiques et politiques que la qualité de votre plume a mis en esclavage la pensée (l'idéologie) du mandarin que j'ai estimé.

Certes, la plume à la main, vous défendez avec mérite le Sankarisme et le Panafricanisme qui ont toujours galvanisé la majorité des jeunes du continent. La plume à la main, vous vous faîtes le chantre de la lutte contre la corruption au Bénin. La plume à la main, vous prenez parti avec vigueur pour la défense des valeurs religieuses et morales. J'éprouve du plaisir à embrasser ce côté éthique de votre combat.

Quant à l'aspect politique de votre discours, vous aviez porté à bout d'encre la "Soglophilie" et exécré la "Kérékoumania", vous aviez manifesté votre "Eyadémaphobie" à la face du voisin togolais et cloué au pilori une certaine 'monarchisation' du système qui a adoubé le fils "Faure". Mais votre obstination actuelle à diaboliser les leaders politiques locaux vous rapproche plus aisément du militantisme FCBE que de la Société civile.

Le comble, c'est que vous venez par néologisme d'inventer le parallèle du Sankarisme que vous aviez baptisé le "Yayisme". J'ignore si le "Yayisme" est une idéologie autrement tout professeur que vous êtes, vous devriez éviter de faire du sophisme autour de ce 'concept'.

Le "Yayisme", si l'on veut le théoriser, mérite une réflexion de manière lente, longue et lumineuse fondée sur des paradigmes nouveaux et un schéma politique, économique et social scientifiquement élaboré. On a reproché au Sankarisme de faire le lit du culte de la personnalité. Le "Yayisme" devrait éviter une telle erreur s'il veut subsister à l'histoire politique de notre pays.

Un chef d'Etat est fait de chair et de poisson. Comme tout humain, il est faillible, l'ériger au rang de "messie" participe d'un culte. De même, le "Yayisme" ne devrait pas signifier autant de flagorneries de votre part pour la Première Dame et pour la progéniture du Président. En effet depuis deux ans, suivant cette démarche "klemperienne", j'ai entrepris d'observer, d'étudier, et de graver dans ma mémoire vos publications sur le "Yayisme".

Ma reliure a abouti à un fatras de babils enchâssé dans l'esthétique du discours stylistique. Vous rapportez les prouesses présidentielles (un costume bien taillé pour notre presse), vous passez en revue la sollicitude de la Première Dame (le plat de résistance du doyen), vous poussez le scandale à chanter les louanges de la fille du président (l'apéritif d'un griot de Yayi). Vous avez ainsi quitté votre étiquette de mandarin pour une fonction de griot qui sied mal à un universitaire.

Aujourd'hui ministre de la République, vous avez une chance sur 8 millions de Béninois pour "changer" avec le Président ce qui "peut changer" au département de l'Alphabétisation et des Langues nationales. Autrement, cette voix de Stentor que vous aviez toujours affichée risque de devenir à la limite inaudible au sein du système. Et je crains qu'un jour le Professeur passe sous les fourches caudines.

dimanche 20 janvier 2008

Ghana – Guinée : le triomphe du talent individuel

Dans une partie à l'issue aussi incertaine que cette deuxième partie du match d'ouverture Ghana – Guinée, le collectif ne répond plus assez bien aux schémas des entraîneurs, tous deux formés à l'école française donc habitués à des stéréotypes tactiques. Et quand s'y ajoutent la chaleur et le mauvais état de la pelouse, le talent individuel devient le deus ex machina.

La lumière ghanéenne est enfin venue de Sulley Muntari. Alors que les Black Stars ont fini par concéder l'avantage et que subitement l'équipe était à la peine en cette fin de partie malgré quelques jaillissements du petit Pélé Ayew, il a fallu un joueur d'exception pour faire la différence. Il n'est sans doute pas le plus connu des joueurs ghanéens, plutôt éclipsé par l'aura de Michael Essien, Sulley Muntari à 24 ans n'en est pas moins important.

En l'absence du capitaine et talentueux Stephen Appiah, forclos pour cette CAN 2008, le milieu de terrain de Portsmouth, première division anglaise a formé avec son coéquipier en sélection Michael Essien, la paire centrale la plus exposée aux charbons des adversaires du groupe A. Contraint d'effectuer un double travail de récupération et de création, Muntari a écopé de plus de responsabilités qu'à la dernière coupe du monde 2006 dans cette formation ghanéenne orpheline de son maître à jouer.

Muntari qui a passé cinq saisons à Udinese en Italie avant de débarquer l'été dernier en Angleterre marque ainsi les esprits hésitants ou dubitatifs sur la régularité de son talent. Sa frappe superbe en fin de partie déclenchée à 35 mètres des buts guinéens qui file tout droit dans la lucarne, libérant le public du pays organisateur d'une grosse anxiété sur la suite de la compétition est un chef d'œuvre. Elle est la preuve d'une inspiration fructueuse et d'un besoin hardi d'assumer sa responsabilité au sein de l'équipe.

Par ce geste, le Ghanéen donne un avant goût des délices de meilleurs gestes de cette CAN. Mais au-delà, il confirme que cette compétition se gagnera moins dans le collectif que sur la force individuelle des équipes. Muntari lance ainsi un défi aux grands joueurs présents à cette CAN : c'est devant la difficulté à s'affranchir d'un adversaire trop accrocheur que le talent individuel fera la différence.

De fait, les prochaines rencontres font peser plus de responsabilités, sur les joueurs de ce niveau. Pour le Nigeria, Obafemmi Martins, Mikel Obi et dans une moindre mesure Yobo Joseph et Taiwo Taye sont invités à faire parler le talent. Côté Ivoirien, le poids de la victoire pèse sur les épaules de Didier Drogba, à défaut Aruna Koné, Dindane, Sanogo, kalou ou Keita sont aussi attendus. Pour le Mali, le talent de Kanouté ou de Cissoko ou Diarra devraient être au rendez-vous.

Mais Quid des Ecureuils du Bénin ! Dans le groupe B, le petit poucet n'a pas à parler d'un talent individuel. C'est dans la discipline tactique qu'elle fera douter ses adversaires. Le reste viendra après. Cette discipline tactique passe par le respect scrupuleux des consignes de Fabisch à savoir jouer et se faire plaisir. Pour une petite équipe comme le Bénin, c'est le collectif qui devra parler comme c'était le cas de la Grèce à la dernière coupe d'Europe des nations 2004.

vendredi 11 janvier 2008

Ecureuils : Jouez "décomplexés" !

Des parties de plaisir. Voilà ce que l'on attend des Ecureuils à la phase finale de la CAN 2008. Bien que le rétroviseur renvoie encore des reflets de la piètre performance du Bénin à la CAN 2004, les Ecureuils ont l'impérieux devoir de faire bégayer les pronostics. Face aux colosses de leur poule, le défi est incommensurable mais pas insurmontable. C'est de la mythologie grecque qu'il faudra s'inspirer.: les gargantuas ont un talon d'Achille. Aux Ecureuils de viser juste !

Les lendemains de la CAN ne devraient plus être des moments d'absinthe pour le public sportif béninois. Le miel de la qualification des Ecureuils devrait être conservé dans un bocal soigneusement entretenu. Inattendue qualification, précieuse qualification. En jetant un coup d'œil à la liste des 23 de Fabisch, le commentaire coule en trois mots. Rien A Commenter. Le Bénin n'est pas le Cameroun, le Nigeria ou la Côte d'Ivoire qui peuvent se permettre de laisser des joueurs de talents sur le carreau pour cause de concurrence.
Parmi les appelés, la plupart étaient déjà présents à la CAN 2004. Un retour au premier plan qui dénote de la mue ou plutôt de la maturité de nos ambassadeurs. Les Ecureuils n'ont pas l'expérience des vétérans de la CAN. Ils sont loin d'être les favoris mais ils ont la capacité de devenir des invités surprise. Le passé des rendez-vous internationaux regorgent de plusieurs exemples. Le Mali de 1994 a atteint la demi-finale en éliminant le pays organisateur, la Tunisie. Le Danemark a remporté l'Euro 92 alors qu'il n'était même pas qualifié. Le Sénégal novice a éliminé la France tenante du titre au premier tour à la Coupe du monde 2002. Et plus près la Grèce nonchalante a remporté l'Euro 2004 en sortant tous les favoris. Quel est le secret ?
Eh bien, il n'y a pas de secret. Il faut jouer décomplexés. Décomplexés sans doute un néologisme à la signification fort simple : ne pas être complexés. Le Lexilogos explique complexé par "Qui souffre de complexes, particulièrement d'un complexe d'infériorité. Maladivement, exagérément timide". Autrement dit jouer décomplexé, c'est éviter de se comporter en petit, de se présenter timide sur les pelouses d'Accra. C'est jouer comme si l'on était au même niveau que l'adversaire.
Le football est un jeu qui se joue à 11 contre 11 et au finish, c'est le plus efficace qui remporte pour paraphraser cette boutade qui colle bien aux Allemands. Mais on peut aussi perdre tout en étant fière de sa prestation parce que tout simplement l'équipe a mouillé son maillot et qu'elle a rencontré meilleur qu'elle. Voici à titre d'exemples des comportements d'équipe décomplexés. Le Rwanda à la CAN 2004 a joué décomplexé devant la Tunisie qui a remporté par 2-1. La Zambie à la CAN 2006 a joué décomplexé face à ses adversaires. Le Costa Rica à la coupe du monde 2006 a joué décomplexé face à ses adversaires notamment l'Allemagne.
Aux Ecureuils de suivre ces nombreux exemples et de se présenter sur les pelouses d'Accra sans complexe. Ils ont l'avantage que n'étant pas favoris, leur public ne leur réclame pas le trophée mais du beau jeu. S'il vous plait, les joueurs, porte-étendards n'humiliez pas notre drapeau. Oubliez Tunisie 2004 ! Jouez du beau football au Ghana ! Même en cas de défaite, nous serons debout pour saluer votre prestation.