mercredi 28 janvier 2009

De Quenum à Houngbédji : tous des malins

Quinze ans après, se vérifie - cette fois-ci, avec sa propre famille politique - la célèbre boutade « la biche reviendra toujours à la rivière » du président Nicéphore Soglo. La mare RB ayant tari, les biches ont découvert une autre en pleine crue. Pour autant, Epiphane Quenum a raison : « seuls les imbéciles ne changent pas ».

De ses « plumes blanches » trônant sur un gabarit d’athlète, le député de la Renaissance du Bénin est déjà fort remarquable dans l’espace politique qu’il a investi dans l’ombre du caustique Candide Azannai aujourd’hui fâché contre ses anciens maîtres pour lesquels il voulait porter un « deuil éternel ». Epiphane Quenum, bel homme, hâbleur, généreux dans le contact, sociable est aussi un militant dévoué, même « têtu » comme il se définit dans sa dernière sortie médiatique du mardi 27 janvier. « Têtu » mais pas « borné ».

Car, il n’est pas facile pour un homme à la vie accomplie de devenir au fil des semaines, le principal guignol des différentes pièces théâtrales, tourné en bourrique par des acteurs, jeté en pâture à l’opinion publique parce que simplement à un moment donné de son combat, le personnage a affiché une attitude ou posé un acte (tambouriner en plein débats à l’hémicycle) en parfaite harmonie avec sa conviction et ses choix politiques.

De même, comment répondre aux interpellations quotidiennes de ses propres enfants, de ses parents et aussi de ses meilleurs amis qui subissent les quolibets de l’entourage pour avoir tambouriné alors qu’il s’agit d’un acte régulier dans les démocraties occidentales où les minorités en font une arme de défense contre la dictature de la majorité.
L’équation que résout en ce moment Epiphane Quenum est celle d’un homme avili qui se refuse de servir de tête de turc pour l’opposition. Morceaux choisis : « …Il y avait des gens qui avaient leurs mains à la tempe, qui soignaient leur image et qui se disaient qu’est-ce que Quenum est en train de faire comme cela ? Se rappelle t-il de sa femme et de ses enfants à la maison ? … »

Après quoi, les profiteurs sont venus tirer les marrons du feu. Comme des larves, tous ces « gens qui avaient leurs mains à la tempe, qui soignaient leur image » sont venus ensuite se nourrir des protéines du combat de M. Quenum. « Moi j’ai été humilié, j’ai été roulé, (puis) floué dans la farine», s’est-il justifié.

On le voit bien, le registre langagier d’Epiphane Quenum épargne bien le PRD et son « ami Tidjani Serpos », mais accable les groupes Force Clé, G13 et le MADEP qui donnent l’impression de jouer aux plus malins quand les autres ont les mains dans le cambouis.

« À la veille de la mise en place du bureau de l’Assemblée nationale, à 3h du matin, les gens ont juré voter pour que Amoussou Bruno soit élu président de l’Assemblée nationale. À 7h, mon épouse me réveille et me dit qu’elle vient de suivre ; les gens disaient un à un, je le jure, je le jure. Et ils ont fait quoi ? Alors s’il y a des traîtres, ils n’ont qu’à se regarder d’abord. Avant d’injurier ton voisin, il faut te regarder pour voir si tu es propre. Si tu n’es pas propre, tais-toi ! ».

Pourquoi donc en vouloir à Epiphane Quenum qui a rejoint « la rivière » par amertume et non pas par conviction. Or avant lui, comme l’a déjà démontré le Parti Communiste du bénin (PCB) en 1990, le courage d’un homme politique est d’abord celui de s’assumer. Il y a donc à avoir un dégoût pour des déclarations du genre : « quand le peuple se trompe, il faut se tromper avec lui » lâché sans vergogne par un candidat malheureux à la présidentielle de 2006.

En réalité, et il faut convenir avec le député Quenum que ce machin de regroupement de l’opposition est sans objet. La victoire du docteur-président devrait servir de leçon à Lehady Soglo, Idji Kolawolé, Antoine Dayori, Lazare Sehoueto, Daniel Tawéma et surtout à Adrien Houngbédji, que tous au sein des G et F rechignent à admettre comme le leader naturel des forces coalisées qui souhaitent « changer de chauffeur ».

Afin que nul n’en ignore, la candidature à la magistrature suprême est un contrat entre l’individu et le peuple. Ce n’est pas une affaire de force coalisée. Elle le devient dès lors que l’image du présidentiable s’impose à tous. Comme quoi la surenchère nommée « Alliance Ouèlèguèdè » créée de toute pièce pour marchander l’électorat n’aura pas survécu. Et Epiphane Quenum a tout vrai de demander à sa barque de quitter cette mare de dupes.

Adrien Houngbédji devrait également se résoudre à un choix. Dans l’un (mouvance) ou dans l’autre (opposition), l’option du leader PRD sera la meilleure. Les autres le rejoindront après … quand ils auront fini de jouer aux plus malins.

lundi 26 janvier 2009

J’ai aperçu Wabi Gomez et …Anjorin

Pas le temps d’aller plus loin que les traditionnels vœux de nouvel an, l’ex-sélectionneur des Ecureuils avait sans doute un agenda très busy. Ce matin, entre un rendez-vous sur la main courante de l’ORTB avec l’excellent William Bassabi du service des sports de la radio et des sollicitations de staffs techniques des clubs d’élite, Wabi Gomez paraît très chaleureux. A l’opposé, le président de la Fédération béninoise de football, Moucharaf Anjorin, peu pressé d’enjamber la moquette qui mène en studio, fut dans l’après-midi moins convaincant. Pourquoi cette dissemblance ?

Nul n’est prophète chez soi. Cet adage s’applique bien à Wabi Gomez, premier technicien local ayant réussi à décrocher une qualification à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2008). Avec un CV d’entraîneur salué à l’étranger, au Gabon et en Côte d’Ivoire notamment, puis à l’intérieur avec la qualification des Ecureuils à la CAN 2008, Wabi Gomez mérite plus d’attention que tout autre. Mais au « pays des contrastes », les meilleurs n’ont pas droit de cité et Wabi Gomez en apprend tous les jours.

Ailleurs, dans les pays où le talent est exalté, Wabi Gomez aurait joui de ses résultats. Mais au Bénin où bouffonneries, méchancetés et coups tordus sont les maîtres mots de la gestion du football national, l’ex-sélectionneur finit au rencart comme avant lui beaucoup de brillants techniciens et même footballeurs qui ne demandaient que respect et dignité. Outre les cas les plus éloquents de footballeurs payés en monnaie de singe comme les ex-capitaines Jean Marc Adjovi Bocco et Moudachirou Amadou, le sort de Wabi Gomez, après celui d’Edmé Codjo, est révoltant.

C’est désormais connu que le destin des entraîneurs locaux se décline en deux mots : misère et placard. Misère, de part le salaire incongru et les maigres moyens de travail dont ils disposent pour atteindre leurs objectifs. Ainsi, prenez un entraineur national, donnez-lui un salaire ridicule, laissez-le à sa mobylette où mieux à sa voiture, refusez-lui des inspections de joueurs à l’étranger, imposez-lui de vivre dans son cagibi habituel à Cotonou, excluez tout achat de matériel propice à une bonne préparation technique, mettez tout cela dans un bocal, puis agitez. Le mélange donne un cocktail sucré de victoires puis une sédimentation salée d’un coach au placard.

Le contraste est saisissant au regard de l’agitation et l’opulence qui entourent les dirigeants. Les remous actuels à la FBF où un groupe dit de « rénovation » tente vaille que vaille de ravir la présidence à M. Anjorin, rappellent bien les circonstances entourant la succession de Martin Adjagodo en 2005 ou de Moucharaf Gbadamassi en 2001. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, pour chacun de ces responsables, ce sont les vice-présidents qui ont combiné en trahissant l’esprit d’équipe pour obtenir une alternance.

A l’approche de l’ultime renouvellement de la classe dirigeante du football béninois, l’actuel président de la FBF savoure amèrement le vent du dicton « qui tue par épée, périt par épée » avec la fronde initiée et entretenue par la majorité des membres de son bureau. On susurre cette fois-ci, que c’est le vice-président, Bruno Didavi, qui ne manque pas d’ambition légitime. On devine alors la finalité : la retraite pour Anjorin.

Tout de même, qu’on les aime ou pas, tous trois Gbadamassi, Adjagodo puis Anjorin, sont au préalable sollicités pour leur « douceur » ou leur « humanisme ». Mais les intrigues du milieu football ont fini par faire d’eux des « méchants » vomis par leurs mandants. Et s’il advenait que par miracle, loin de l’exercice quotidien, les générations futures se décident à les réhabiliter, ils rejoindront avec beaucoup de retard Gomez, Codjo, Adjovi Bocco et Amadou dont les mérites les ont déjà hissés plus haut que ces dirigeants.

jeudi 9 octobre 2008

Boni Yayi, régionaliste ?

La tendance actuelle des déçus du Changement à vouloir régionaliser le débat politique est surprenante voire inquiétante. Pourtant qu’on l’aime ou pas, les événements de tous les jours relatifs à la vie publique et privée de Boni Yayi, devraient à eux seuls suffire à arrêter des médisances.

Grosse a été ma frayeur de voir le secrétaire général du gouvernement, Victor Topanou faire étalage des chiffres et des noms pour contredire les pourfendeurs du régime qui accusent Boni Yayi de "régionalisme". La ficelle de l’ethnicisme n’est pas un roseau avec lequel devraient jouer les Béninois à l’étape actuelle de notre démocratie. Il y a beaucoup d’autres arguments qui suffisent à eux seuls pour s’opposer à la politique gouvernementale comme la cherté de la vie, l’appauvrissement des populations, l’enrichissement illicite, la fin prononcée de la laicité, la non consolidation de l’Etat de droit, le retour du parti-Etat, le mauvais fonctionnement des institutions de la République, la violation des libertés fondamentales, toute chose en contradiction avec les promesses du candidat élu.

Car l’argument du régionalisme servi pour contrer Boni Yayi apparaît surréaliste d'autant que le film de la journée du président de la République se joue au milieu des personnages n'ayant aucun rapport avec sa région natale. On peut citer, en privé, Chantal, son épouse originaire de Ouidah, à plus de 300 kilomètres de Tchaourou. Doit-on rappeler que son ex-épouse est native de Porto Novo. Du coup, la progéniture du président est à cheval sur les deux principales régions du pays.

Dans la vie publique, les plus grands thuriféraires du changement ne proviennent pas de la même région que le Chef de l’Etat. Les patrons des FCBE, les membres du cabinet civil du président de la République, les éminents membres du gouvernement (Koupaki, Lawani, Okanla, Hessou, Dovonou, Boco, Gbégnonvi, etc) soit 15/24 proviennent de la région culturellement éloignée de Boni Yayi. Il s’y ajoute que les institutions de contre pouvoir sont chapeautées avec la bénédiction du président de la république par des personnages certes dévoués à lui mais non ressortissants de sa région. Les deux îlots jaloux de l’indépendance de leurs organes restent encore la Cour Suprême et la HAAC paradoxalement dirigés par des personnalités de la région de Boni Yayi.

Sur le plan politique, les premiers à subir les foudres de Boni Yayi sont encore ceux de sa région qui ont résisté à ses appels. D'abord, le maire Rachidi Gbadamassi accablé de partout, puis le député Issa Salifou dont la levée de l’immunité parlementaire fut exigée, ensuite Antoine Dayori a failli passer à la trappe.

Passons les postes de hauts fonctionnaires, notamment les directeurs généraux des sociétés poumons de l’économie, le Port et la Sobemap et les Télécoms sont administrés dès le départ par des responsables lointains de la région présidentielle. Même remarque que pour la Douane. Reste les sociétés moribondes comme la SONAPRA en chute libre, le CNCB peinant à se relancer, la LNB sans éclat, la Poste budgétivore, l’ORTB goulot d’étranglement, etc qui reviennent comme prébendes à des natifs de la région du Chef de l’Etat.

Quand aux postes internationaux, il est loisible de préciser qu’aucun ressortissant de cette région n’a encore obtenu un coup de pouce du Chef de l’Etat pendant que les premiers à en bénéficier, Adjanohoun, Zinzindohoué, Gnacadja, etc, ainsi que toute la clique d’ambassadeurs promus ces derniers temps n’ont rien à voir avec la culture de la région présidentielle.

Alors, comment devant un tel tableau à faire rougir des extrémistes natifs de sa région, peut-on croire que le Chef de l’Etat ne promeut que les siens. Cette vision surréaliste du fonctionnement du pays ne conforte pas l’unité nationale. D’autant que d’une région à une autre, « l’intrus » compte des partisans et des adversaires politiques. Même si dans sa région, l’adversité est réduite à la portion congrue, il faut tout de même admettre qu’elle existe et qu’elle est politiquement et intellectuellement animée par des personnages qui se refusent de faire de l’ethnie ou de la région un fond électoral.

Ganiou Soglo se ridiculise

Comment l’actuel ministre des Sports a-t-il pu manquer de discernement lorsqu’il s’agit de faire la part entre la politique et le sport de haut niveau ? Le projet visant à baptiser l’équipe nationale « Panthères de l’émergence », venant d’un ancien responsable de club de football dont le passage à la tête des « Requins de l’Atlantique » a pourtant contribué à la valeur ajoutée actuelle du football béninois, apparaît à tous égards grotesque.

« Panthères de l’émergence » ou « Panthères émergent », rien de plus rébarbatif que ce groupe de mots qui ne répond à rien dans la sémantique des langues française ou béninoises. L’omniscient Roger Gbégnonvi en charge de la promotion de nos langues pourrait encore témoigner. En proposant unilatéralement de débaptiser les Ecureuils, Ganiou Soglo relance un vulgaire débat pourtant clos depuis lors, avec la première qualification de l’équipe nationale à la Coupe d’Afrique des Nations en 2004 suivie un an plus tard d’une autre à la Coupe du monde junior.

Alors que l’on devrait s’attendre à ce que les caquets soient définitivement rabattus par la deuxième qualification des Ecureuils à la CAN 2008 et cette spectaculaire performance lors des qualifications pour le deuxième tour de la Coupe du monde 2010, coiffant magistralement les Panthères noires d’Angola (la précision est utile), voilà le premier dirigeant du sport national lancer une proposition aussi oiseuse que bouffonne.

Pour mémoire, en 2001, dans la foulée de l’élection de Martin Adjagodo à la tête de la Fédération béninoise de football, bien de responsables sportifs et politiques voire même des intellectuels avaient pensé que les performances de l’équipe nationale étaient limitées par leur mascotte, appelant à cor et à cri à un nom de fauves ou de prédateurs. La Fédération, elle-même s’était abstenue d’écrire le nom « Ecureuils » sur le bus réservé au transport de l’équipe préférant « Onze national ».

Un comportement anecdotique proche de la superstition et du totémisme à l’heure du rationalisme auquel le sport en général et le football en particulier n’échappe. On sait aujourd’hui que les performances en sport sont tributaires, et des talents individuels, et du travail collectif. Doit-on rappeler la célèbre maxime, « un seul être vous manque et vous êtes dépeuplé » pour préciser qu’à cette époque le team national ne comptait pas un joueur providentiel de la trempe d’un George Weah pour le Liberia (Can 1996) ou de Chevchenko pour l’Ukraine (Coupe du monde 2006). De même qu’ « une addition de vedettes ne fait pas une équipe » comme l’a si bien prouvé la Grèce à l’Euro 2004. Au début des années 2000, le Bénin ne se situait dans aucun des deux registres : pas de star et pas d’équipe.

Aujourd’hui que les résultats sont au rendez-vous par la grâce d’un travail assidu, le meilleur pour un responsable sportif serait d’annoncer des mesures visant à consolider les acquis plutôt que d’avancer des propositions qui pourraient nuire à l’éclat des performances actuelles. On s’imagine bien que ceux qui défendent les couleurs de l’équipe nationale (les joueurs) ne se comportent pas en poules mouillées sur le terrain parce qu’ils portent le nom "Ecureuils". Les performances à Yaoundé en 2005 face au Cameroun (1-2) pourtant sacré Lions indomptables rappellent encore l’héroïsme de nos porte-flambeaux.

De plus, si c’est le mot « Ecureuils » qui symboliserait un petit animal pusillanime et pas du tout agressif qui motive cette sortie burlesque du ministre des Sports, autant commencer par la révision du nom du pays. En effet, le mot « Bénin » selon le dictionnaire le Robert signifie « bienveillant, indulgent » autrement qui manque d’agressivité. Si l’on veut bien s’adonner à la philologie, le choix donc du nom « Ecureuils du Bénin » apparaît plus pertinent que « Panthères de l’émergence » qui n’a aucune consistance sémantique ou explication contextuelle (le Matinal du 09 octobre 2008).

Plutôt que de lancer une idée saugrenue, qui, dans l’imminence d’un remaniement ministériel, vise davantage à plaire au chef de l’Etat, chantre de l’émergence et au parti présidentiel « Force cauris pour un Bénin émergent », mieux que quiconque, Ganiou Soglo, fils de l’ancien président Nicéphore Soglo, devrait se raviser. Car, « les hommes passent mais les institutions demeurent ». Les « Ecureuils du Bénin » participent de cette pérennité des institutions.

lundi 15 septembre 2008

Ecureuils : Plus besoin de béquilles

Plus qu’un truisme, proclamer que les Ecureuils sont à présent en confiance nous fait agréablement oublier les débuts poussifs du team national dans les compétitions continentales. En s’extirpant aussi facilement que les Camerounais et les Nigerians de sa poule devant les golden boys angolais, mondialistes et quarts finalistes de la dernière Coupe d’Afrique des Nations, les Béninois viennent de passer un nouveau cap. Passées les années de jongleries, place à présent au mérite.

Le rongeur a passé avec brio l’âge de la maturité. Le temps des frayeurs et des atermoiements est ainsi révolu. Avec 4 victoires d’affilées en 5 matches (3 à domicile et 2 à l’extérieur), les Ecureuils passent avant terme le premier tour du tournoi qualificatif de la CAN et de la Coupe du monde. On peut avoir observé plein de déchets dans le jeu de l’équipe, mais on ne peut remettre en cause cette sublime performance.

D’abord, le nombre de buts (11 au total) marqués par les Jaunes est impressionnant. Avec une moyenne de plus de 2 buts par match, on conclut aisément que la ligne offensive de l’équipe est son principal atout. En réussissant à capitaliser leur rendement, les attaquants (Omotoyossi surtout qui a maintenant son complice, Michael Potté) et la kyrielle de milieux offensifs (Sessegnon, Ogoubiyi, Kobenan, Oladipupo, etc) montrent bien que l’âme de cette équipe résident dans les positions avancées.

En revanche avec 6 buts encaissés en 5 matches, les lignes arrière représentent le talon d’Achille de la formation béninoise. Si l’axe centrale de la défense rassure au fil des matches avec la présence de l’étoile montante (Adenon) aux côtés du routier (Chrisostome) et que les récupérateurs (Ahoueya, Olou ou Tchomogo S.) plus laborieux qu’incisifs se bonifient, il est maintenant classique que les latéraux (Adjamonsi ou Bocco) devraient faire valoir davantage de créativité dans le besoin du surnombre en attaque ou dans le contrôle de leurs couloirs. Passons les cas Agnidé ou Koukou Djima qui constituent des pis-aller pour le côté droit, ou encore Djidonou qui couve encore sous l’étoffe du gardien de niveau international.

De fait, si Djidonou semble ravir le titre de n°1 (faute sans doute de meilleur), il est encore bien possible de refaire des aménagements en transformant un défenseur ou milieu récupérateur en latéral droit pour suppléer les défaillances de ce côté. Car, après Gaspoz, parti pour une retraite bien méritée, pourquoi assister au déluge sur ce flanc. Reconvertir un Oscar Olou en latéral droit semble la solution la plus utile pour sécuriser toutes les lignes des Ecureuils. Dorénavant les polyvalents Tchomogo S. et Bocco pourraient ainsi en fonction du choix défensif ou offensif de l’entraîneur être titularisé.

Maintenant que cette équipe peut gagner même sans Sessegnon et Ogoubiyi, (deux créateurs dont on ne peut se passer sans grincer des dents), il est intéressant de noter que le plus important à présent sera de développer une lisibilité dans le système tactique et surtout rechercher rythme et fluidité dans la construction du jeu en mouvement. Il s’agit de se rassurer avec une nouvelle cadence qui permettra aux avant-centres de maintenir cette efficacité et aux défenseurs de réduire les frayeurs quand l’équipe est appelée à subir.

Pour autant, avec un tel potentiel, plus besoin de jouer au rongeur craintif ou à la proie facile qui autrefois espérait des coups de pouce d’un bienfaiteur nommé arbitre ou gbass (gri-gri). Afin que nul n’en ignore, cette équipe qui a pris forme a besoin d’un petit souffle pour produire encore plus du beau jeu. Il suffira alors de faire rouler avec art le ballon et hypnotiser l’adversaire et le public. Aujourd’hui que l’équipe n’a plus besoin de béquilles pour gagner, place au football total.

jeudi 11 septembre 2008

JO : Le tour du cadran des athlètes béninois

Revenus bredouilles de Beijing, les athlètes béninois n’ont plus qu’à traverser la frontière pour admirer la première médaille olympique des voisins togolais. En sport de haut niveau, Lomé, avec sa profusion de talents (déjà un Special one nommé Sheyi Adebayor et aujourd’hui un Bronze olympique, Benjamin Bokpeti), devient ainsi le miroir. A Cotonou où c’est sans doute reparti pour quatre ans de somme, athlètes et officiels se repaissent sans gêne, après avoir farnienté en Chine.

Personne n’a demandé à la délégation béninoise de ramener une médaille ou encore plus de faire vibrer L’Aube nouvelle dans le Nid d’Oiseau de Pékin. Beijing, c’était juste pour les athlètes et les officiels, des vacances d’été. Une réelle occasion en quelque sorte pour admirer l’architecture chinoise, contempler les astres de la technologie asiatique, se prendre en photos avec des Pékinoises ou Pékinois, sourire aux charmantes hôtesses du comité d'organisation, scruter -badge au cou et sacoche en bandoulière- l’antre du Stade olympique, s’empiffrer de la cuisine chinoise et enfin rêver d’une demande d’asile. Quant aux Olympiades, la litanie est bien connue : « c’est le rendez vous des athlètes des grandes puissances ». Mais alors pourquoi aller à ce banquet quand on n’est pas capable d’approcher la marmite ?

Comme beaucoup de téléspectateurs, j’ai décidé de ne suivre les compétitions qu’à partir des quarts de finales pour voir la crème en attendant la crème de la crème. Je comptais au moins y trouver des compatriotes, mais j’ai cherché en vain les trois initiales BEN. J’ai aussitôt réalisé qu’il faille fouiller dans la nuée de cancres, abandonnée dès les premières séries. Réticent à admettre la dure réalité, j’ai espéré que l'infographe des JO va certainement éloigner cette présomption en m’affichant le drapeau national. Que nenni ! Je persiste pourtant à croire en une omission puis je me jette sur mon lap top, navigant à travers les moteurs de recherche. Là encore, échec et mat ! Aucun site visité ne signale la qualification d’un athlète béninois au-delà des séries. Tout ouïe, j’attends malgré tout les bulletins JO de RFI, encore rien. Enfin, oui…

Le lendemain de la clôture des JO, « la radio mondiale » diffuse une émission bilan des Africains aux JO. Interviewé un athlète béninois fait fi de ses performances et se lâche : « moi je n’ai même plus envie de rentrer au pays ». Sauf que la Chine, hôte des JO n’est pas encore en proie à l’immigration clandestine. Dans quatre ans à Londres, il faut s’attendre surement à ce que certains de nos athlètes se carapatent du Village olympique.

Alors, question ! Devrions-nous continuer à suivre la règle du nombre érigée par la formule fabuleuse de Pierre de Coubertin, « l’essentiel, c’est de participer », au point de nous comporter à chaque rendez-vous comme les cancres du monde ? Faudrait-il pas procéder par élimination au niveau national des disciplines infructueuses aux JO plutôt que de tordre le cou aux minimas et de gonfler la présence de nos athlètes et par delà justifier la pléthore des officiels qui les accompagnent ?

De ma modeste position, il me parait plus ingénieux d’abandonner les disciplines comme la vitesse, les courses de fond, les sports collectifs et les sports extrêmes et miser notre participation sur la boxe, les arts martiaux, la lutte olympique, autant de disciplines qui à force de travail et de vision sont susceptibles de rapporter une médaille olympique au Bénin. Ne serait ce que de bronze comme celle du voisin togolais !

vendredi 29 août 2008

Boni Yayi renie sa promesse

En flirtant publiquement avec Issa Salifou, Rachidi Gbadamassi puis Séfou Fagbohoun, naguère qualifiés par les Caurisants de « fossoyeurs de l’économie », Boni Yayi, élu sur le thème du « changement et de la lutte contre la corruption » vient de renier sa principale promesse. Deux ans après son investiture, le président a mangé sa cravache. Passé le bluff, voici venu le temps de la compromission au sommet de l’Etat.

La photo illustrait vendredi la manchette d’un des quotidiens le plus engagés au côté du pouvoir actuel. Boni Yayi tout sourire, costume sombre sur chemise blanche assortie d’une cravate rouge donnant la main de la reconquête à Ladji Séfou, un tantinet hagard, vêtu d’un atchoké bleu ciel. On croit rêver ! Superposée à l’image de la coupure du ruban, lors de la pose de la première pierre de l’échangeur de Godomey, avec les députés Issa Salifou et Rachidi Gbadamassi, on attrape le torticolis.

C’est que le premier, Sefou Fagbohoun, homme d’affaire arrêté et incarcéré à la prison civile de Cotonou dans le cadre de l’affaire de la cession de la SONACOP à la CPI, a obtenu, selon les médias locaux, une « libération définitive en attendant le jugement du tribunal de Cotonou sur le fonds ».

Le second, Issa Salifou, opérateur économique cité dans plusieurs rapports de commission diligentée par le chef de l’Etat au nom de la lutte contre la corruption pour lesquels Boni Yayi a réclamé en vain la levée de son immunité parlementaire, a échappé de nouveau à toute poursuite judiciaire en vertu de sa réélection en 2007.

Le troisième Rachidi Gbadamassi, dont l’image maculée du cambouis de sa mise en dépôt dans une vilaine affaire d’assassinat d’un juge à Parakou, a brillamment réussi à prouver son innocence au grand dam des Yayistes décidés à lui faire payer le prix de son indocilité à la veille de la présidentielle.

Et pourtant, Boni Yayi avait clamé pendant la campagne électorale sa volonté de nettoyer les écuries. Le slogan de campagne : « ça peut changer, ça va changer, ça doit changer » se décline aisément en « ça peut continuer, ça va continuer, ça doit continuer ».

L’imposture du « changement » aujourd’hui démasquée par la volonté du chef de l’Etat d’appliquer l’adage « on prend les mêmes et on recommence » démontre bien que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » pour rappeler la célèbre boutade d’un leader béninois encore influent dans la sphère politique.

Que de reniements depuis avril 2006 ! Ceux qui s’attendaient à une croissance à 6% comme promis dans le programme du candidat ont vu décliner le dynamisme économique du pays et le panier de la ménagère se réduire drastiquement. Alors que dans la plupart des pays africains, des leviers portant sur des augmentations de salaires ont été adoptés pour faire face à la baisse du pouvoir d’achat et la hausse des prix des denrées alimentaires, au Bénin, les indicateurs macroéconomiques plaident contre cette option accentuant ainsi la misère.

Le renforcement de l’Etat de droit s’est décéléré avec la perte de crédibilité de certaines institutions de la République. Seule la Cour suprême échappe encore aux velléités de caporalisation du pouvoir par le parti-Etat qu’est devenue la FCBE.

Et pourtant, le président avait promis qu’il sera « le président de toutes les Béninoises et de tous les Béninois ». Ce qui supposait une réelle volonté de « rester au dessus de la mêlée » et de « jouer pleinement son rôle de père de la nation » conscient que son élection n’était le fruit d’aucun parti politique et que les 35% obtenu au premier tour, regroupent d’anciens militants de partis traditionnels et de citoyens dits indépendants.

Enfin, on peut aisément au vu de l’évolution de l’actualité politique conclure à la fin de la lutte contre la corruption et à un retour aux fondamentaux de la « politique de poubelles » avec son cortège de compromissions.

Finie donc, l’ère des technocrates, « des hommes nouveaux, compétents et intègres » comme le voulait Boni Yayi à sa prise de fonction. Finie aussi, le temps où la société civile était un complice régulateur des choix politiques au niveau de l’Exécutif. Il est de plus en plus évident que le prochain gouvernement sera très politique. Il renforcera sans doute le fossé qui se creuse actuellement entre le président et son peuple.