mardi 1 avril 2008

Roger Gbégnonvi : mandarin ou griot

Professeur,

Qu'il me soit permis dans cette analyse d'adopter la démarche de Victor Klemperer, ce philologue allemand d'origine juive "protégé" par un mariage "mixte" qui a observé l'évolution du discours dans l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945 pour mettre en exergue de manière empirique la "LTI, Lingua Tertii Imperii" ou "la Langue du Troisième Reich". Non pas que j'y trouve une similitude avec votre vie conjugale et loin de moi toute idée de transposition de l'Allemagne de cette période ubuesque de l'histoire de l'Humanité à la phase actuelle que traverse notre pays.

C'est plutôt que jeune étudiant à la Faculté des Lettres de l'université nationale du Bénin (UNB) au milieu des années 90, j'ai passé mon temps à ramer à contre courant des commentaires antipathiques en vous 'portant dans mon cœur' sans pour autant vous connaître que par l'intitulé de votre Cours de "Stylistique et Rhétorique" qui soulevait en moi fougue et exaltation.

Dois-je aujourd'hui me mordre les doigts pour ma fringale de toute publication signée Roger Gbégnonvi ? Assurément non ! Car dans ce nectar de productions intellectuelles, je continue de puiser un côté analytique intrinsèquement lié à la pureté de votre style (littéraire). Par contre j'ai haut le cœur quand je découvre d'une manière pathétique sur bien des aspects éthiques et politiques que la qualité de votre plume a mis en esclavage la pensée (l'idéologie) du mandarin que j'ai estimé.

Certes, la plume à la main, vous défendez avec mérite le Sankarisme et le Panafricanisme qui ont toujours galvanisé la majorité des jeunes du continent. La plume à la main, vous vous faîtes le chantre de la lutte contre la corruption au Bénin. La plume à la main, vous prenez parti avec vigueur pour la défense des valeurs religieuses et morales. J'éprouve du plaisir à embrasser ce côté éthique de votre combat.

Quant à l'aspect politique de votre discours, vous aviez porté à bout d'encre la "Soglophilie" et exécré la "Kérékoumania", vous aviez manifesté votre "Eyadémaphobie" à la face du voisin togolais et cloué au pilori une certaine 'monarchisation' du système qui a adoubé le fils "Faure". Mais votre obstination actuelle à diaboliser les leaders politiques locaux vous rapproche plus aisément du militantisme FCBE que de la Société civile.

Le comble, c'est que vous venez par néologisme d'inventer le parallèle du Sankarisme que vous aviez baptisé le "Yayisme". J'ignore si le "Yayisme" est une idéologie autrement tout professeur que vous êtes, vous devriez éviter de faire du sophisme autour de ce 'concept'.

Le "Yayisme", si l'on veut le théoriser, mérite une réflexion de manière lente, longue et lumineuse fondée sur des paradigmes nouveaux et un schéma politique, économique et social scientifiquement élaboré. On a reproché au Sankarisme de faire le lit du culte de la personnalité. Le "Yayisme" devrait éviter une telle erreur s'il veut subsister à l'histoire politique de notre pays.

Un chef d'Etat est fait de chair et de poisson. Comme tout humain, il est faillible, l'ériger au rang de "messie" participe d'un culte. De même, le "Yayisme" ne devrait pas signifier autant de flagorneries de votre part pour la Première Dame et pour la progéniture du Président. En effet depuis deux ans, suivant cette démarche "klemperienne", j'ai entrepris d'observer, d'étudier, et de graver dans ma mémoire vos publications sur le "Yayisme".

Ma reliure a abouti à un fatras de babils enchâssé dans l'esthétique du discours stylistique. Vous rapportez les prouesses présidentielles (un costume bien taillé pour notre presse), vous passez en revue la sollicitude de la Première Dame (le plat de résistance du doyen), vous poussez le scandale à chanter les louanges de la fille du président (l'apéritif d'un griot de Yayi). Vous avez ainsi quitté votre étiquette de mandarin pour une fonction de griot qui sied mal à un universitaire.

Aujourd'hui ministre de la République, vous avez une chance sur 8 millions de Béninois pour "changer" avec le Président ce qui "peut changer" au département de l'Alphabétisation et des Langues nationales. Autrement, cette voix de Stentor que vous aviez toujours affichée risque de devenir à la limite inaudible au sein du système. Et je crains qu'un jour le Professeur passe sous les fourches caudines.

dimanche 20 janvier 2008

Ghana – Guinée : le triomphe du talent individuel

Dans une partie à l'issue aussi incertaine que cette deuxième partie du match d'ouverture Ghana – Guinée, le collectif ne répond plus assez bien aux schémas des entraîneurs, tous deux formés à l'école française donc habitués à des stéréotypes tactiques. Et quand s'y ajoutent la chaleur et le mauvais état de la pelouse, le talent individuel devient le deus ex machina.

La lumière ghanéenne est enfin venue de Sulley Muntari. Alors que les Black Stars ont fini par concéder l'avantage et que subitement l'équipe était à la peine en cette fin de partie malgré quelques jaillissements du petit Pélé Ayew, il a fallu un joueur d'exception pour faire la différence. Il n'est sans doute pas le plus connu des joueurs ghanéens, plutôt éclipsé par l'aura de Michael Essien, Sulley Muntari à 24 ans n'en est pas moins important.

En l'absence du capitaine et talentueux Stephen Appiah, forclos pour cette CAN 2008, le milieu de terrain de Portsmouth, première division anglaise a formé avec son coéquipier en sélection Michael Essien, la paire centrale la plus exposée aux charbons des adversaires du groupe A. Contraint d'effectuer un double travail de récupération et de création, Muntari a écopé de plus de responsabilités qu'à la dernière coupe du monde 2006 dans cette formation ghanéenne orpheline de son maître à jouer.

Muntari qui a passé cinq saisons à Udinese en Italie avant de débarquer l'été dernier en Angleterre marque ainsi les esprits hésitants ou dubitatifs sur la régularité de son talent. Sa frappe superbe en fin de partie déclenchée à 35 mètres des buts guinéens qui file tout droit dans la lucarne, libérant le public du pays organisateur d'une grosse anxiété sur la suite de la compétition est un chef d'œuvre. Elle est la preuve d'une inspiration fructueuse et d'un besoin hardi d'assumer sa responsabilité au sein de l'équipe.

Par ce geste, le Ghanéen donne un avant goût des délices de meilleurs gestes de cette CAN. Mais au-delà, il confirme que cette compétition se gagnera moins dans le collectif que sur la force individuelle des équipes. Muntari lance ainsi un défi aux grands joueurs présents à cette CAN : c'est devant la difficulté à s'affranchir d'un adversaire trop accrocheur que le talent individuel fera la différence.

De fait, les prochaines rencontres font peser plus de responsabilités, sur les joueurs de ce niveau. Pour le Nigeria, Obafemmi Martins, Mikel Obi et dans une moindre mesure Yobo Joseph et Taiwo Taye sont invités à faire parler le talent. Côté Ivoirien, le poids de la victoire pèse sur les épaules de Didier Drogba, à défaut Aruna Koné, Dindane, Sanogo, kalou ou Keita sont aussi attendus. Pour le Mali, le talent de Kanouté ou de Cissoko ou Diarra devraient être au rendez-vous.

Mais Quid des Ecureuils du Bénin ! Dans le groupe B, le petit poucet n'a pas à parler d'un talent individuel. C'est dans la discipline tactique qu'elle fera douter ses adversaires. Le reste viendra après. Cette discipline tactique passe par le respect scrupuleux des consignes de Fabisch à savoir jouer et se faire plaisir. Pour une petite équipe comme le Bénin, c'est le collectif qui devra parler comme c'était le cas de la Grèce à la dernière coupe d'Europe des nations 2004.

vendredi 11 janvier 2008

Ecureuils : Jouez "décomplexés" !

Des parties de plaisir. Voilà ce que l'on attend des Ecureuils à la phase finale de la CAN 2008. Bien que le rétroviseur renvoie encore des reflets de la piètre performance du Bénin à la CAN 2004, les Ecureuils ont l'impérieux devoir de faire bégayer les pronostics. Face aux colosses de leur poule, le défi est incommensurable mais pas insurmontable. C'est de la mythologie grecque qu'il faudra s'inspirer.: les gargantuas ont un talon d'Achille. Aux Ecureuils de viser juste !

Les lendemains de la CAN ne devraient plus être des moments d'absinthe pour le public sportif béninois. Le miel de la qualification des Ecureuils devrait être conservé dans un bocal soigneusement entretenu. Inattendue qualification, précieuse qualification. En jetant un coup d'œil à la liste des 23 de Fabisch, le commentaire coule en trois mots. Rien A Commenter. Le Bénin n'est pas le Cameroun, le Nigeria ou la Côte d'Ivoire qui peuvent se permettre de laisser des joueurs de talents sur le carreau pour cause de concurrence.
Parmi les appelés, la plupart étaient déjà présents à la CAN 2004. Un retour au premier plan qui dénote de la mue ou plutôt de la maturité de nos ambassadeurs. Les Ecureuils n'ont pas l'expérience des vétérans de la CAN. Ils sont loin d'être les favoris mais ils ont la capacité de devenir des invités surprise. Le passé des rendez-vous internationaux regorgent de plusieurs exemples. Le Mali de 1994 a atteint la demi-finale en éliminant le pays organisateur, la Tunisie. Le Danemark a remporté l'Euro 92 alors qu'il n'était même pas qualifié. Le Sénégal novice a éliminé la France tenante du titre au premier tour à la Coupe du monde 2002. Et plus près la Grèce nonchalante a remporté l'Euro 2004 en sortant tous les favoris. Quel est le secret ?
Eh bien, il n'y a pas de secret. Il faut jouer décomplexés. Décomplexés sans doute un néologisme à la signification fort simple : ne pas être complexés. Le Lexilogos explique complexé par "Qui souffre de complexes, particulièrement d'un complexe d'infériorité. Maladivement, exagérément timide". Autrement dit jouer décomplexé, c'est éviter de se comporter en petit, de se présenter timide sur les pelouses d'Accra. C'est jouer comme si l'on était au même niveau que l'adversaire.
Le football est un jeu qui se joue à 11 contre 11 et au finish, c'est le plus efficace qui remporte pour paraphraser cette boutade qui colle bien aux Allemands. Mais on peut aussi perdre tout en étant fière de sa prestation parce que tout simplement l'équipe a mouillé son maillot et qu'elle a rencontré meilleur qu'elle. Voici à titre d'exemples des comportements d'équipe décomplexés. Le Rwanda à la CAN 2004 a joué décomplexé devant la Tunisie qui a remporté par 2-1. La Zambie à la CAN 2006 a joué décomplexé face à ses adversaires. Le Costa Rica à la coupe du monde 2006 a joué décomplexé face à ses adversaires notamment l'Allemagne.
Aux Ecureuils de suivre ces nombreux exemples et de se présenter sur les pelouses d'Accra sans complexe. Ils ont l'avantage que n'étant pas favoris, leur public ne leur réclame pas le trophée mais du beau jeu. S'il vous plait, les joueurs, porte-étendards n'humiliez pas notre drapeau. Oubliez Tunisie 2004 ! Jouez du beau football au Ghana ! Même en cas de défaite, nous serons debout pour saluer votre prestation.


lundi 15 octobre 2007

Ecureuils : Comme dans les ronces !

Plus que belle, la qualification des Ecureuils vendredi à Freetown a quelque chose d'orgasmique. En ce sens que la jouissance du public sportif s'accommode bien des réjouissances de la fin du Ramadan. Belle légende pour signifier à tous les prochains adversaires que le football béninois sort de sa période d'ascétisme pour entrer dans l'ère des banquets. Gare à vous, fauves et autres pachydermes qui écumeront les pelouses de Ghana 2008 ! Le petit rongeur a grandi et sait à présent se faufiler entre les branches des ronces. Oh ! Ecureuils, je vous adore.

Que d'élégances, que de bonheur ! Deux buts griffés Omar Tchomogo ont suffi. Le capitaine a montré la voie étouffant, en deux coups de crampons alertes, la grosse frayeur du début de match. D'autant que les Sierra Léonais, premiers à se jeter sur le ballon comme des morts-de-faim, se sont aussitôt installés sur notre moitié de terrain. Mais pour combien de temps justement. Pour autant, la première migraine est du côté des cinq mille supporters locaux qui espéraient encore des Leone Stars un dernier sursaut d'orgueil. La pilule Tchomogo vient de faire tressaillir les entrailles des filets adverses. A 1-0, c'est une bonne rasade pour libérer la soif de buts des Béninois. Mais comme une avance aussi étriquée est toujours source d'anxiété, autant solder les comptes. Le capitaine s'est à nouveau chargé d'offrir au public sportif béninois un deuxième but libérateur. Merci Tchomogo Omar !

Le travail paie toujours
Fini ainsi avec les si, si et si, le visage des qualifiés de la CAN 2008 se dévoile radieusement. Tant mieux pour les pelotons de tête. Ce n'est tout de même pas emphatique que de clamer avec enthousiasme que la troisième meilleure deuxième place des Ecureuils est aussi d'or d'autant qu'elle ne s'englue dans aucune gadoue du football continental. Afin que nul n'en ignore, seule la défaite discutable (du fait d'un arbitrage partisan le 08 septembre 2006 à Lomé) constitue l'unique point noir du parcours emblématique des Ecureuils. Oublié le "nul incommodant" de Cotonou face au Mali, le Bénin a eu un parcours plus qu'honorable dans cette phase de qualification. Il aurait pu même prétendre à la première place de son groupe. La preuve que tout travail pourvu qu'il soit sérieux et profond porte des fruits. Depuis les débuts de cette compétition, le groupe a montré une abnégation salutaire. L'encadrement technique a trouvé les mots justes pour faire passer le message. Maintenant que tout se met en place, que la confiance est de retour, que la cohésion reste le maître mot et que les luttes de leadership sont rangées au placard, à nous Ghana 2008 !

Gare à vous, fauves et pachydermes l
A Accra, comme ce fut le cas à Tunis il y a quatre ans, Les Ecureuils vont côtoyer d'autres individus de la jungle du football africain. Le roi Lion camerounais et ses apparentés marocains et sénégalais, le boulimique pachyderme ivoirien, le grandissime rapace nigérian et ses collatéraux maliens et tunisiens, la mare de crocodiles soudanais du Nil et leurs pharaons égyptiens, etc.. ne doivent plus constituer des épouvantails. Auréolés de cette belle qualification, aguerris devant tant d'épreuve, moulés à la charge de 2004, les Ecureuils ont maintenant droit au respect du jeune-grand qui a passé l'épreuve d'initiation et qui aspire bien à délimiter son espace d'influence. Ainsi averties, les 15 autres nations qui seront présentes à Accra apprendront à leurs dépens.
Cette fois-ci, les Ecureuils n'y vont plus pour apprendre mais pour s'affirmer. Passer le premier tour est une noble ambition. Cela doit se préparer dès le lendemain de la qualification. Bien entendu aussitôt, les réjouissances de cette qualification achevées.

mardi 21 août 2007

Sir Jones et "son pistil" Jocelyn Ahoueya

Le triomphe des Black Starlets, devant les Ecureuils dimanche dernier au Stade de l'Amitié, a remis en scelle le Ghanéen qui a conduit le Bénin à la Coupe d'Afrique des Nations (CAN, Tunisie 2004). Cecil Jones Atturquayefio est revenu à Kouhounou où il avait fait vibrer de milliers de supporters béninois pour constater quelque progrès de notre football. Ses conseils seront aussi utiles pour accompagner les espoirs de qualification des Ecureuils au soir du 08 septembre à Freetown surtout que "son pistil" Ahoueya a mué en "fruit mûr".

De ses jambes engourdies, on l'imagine descendre en premier les marchepieds du bus qui emmène les juniors ghanéens au Stade de l'Amitié. Kouhounou a retrouvé cet homme taciturne et discret, éprouvé par la force de l'âge mais toujours passionné de football, cet art qui l'a révélé sur le plan continental. D'abord en tant que Black Stars, ensuite comme entraîneur de clubs et sélectionneur des équipes nationales du Ghana et du Bénin.

L'austérité du technicien ghanéen dissimule bien son goût pour les revanches. Sir Jones qui a quitté incognito la capitale économique béninoise pour rejoindre son pays, aux lendemains du match nul face au Soudan à Kouhounou a, sans doute, pardonné les humiliations et les ingratitudes à son égard en acceptant de fouler à nouveau l'antre du Stade de l'Amitié. Lorsqu'il débarque à Cotonou en avril 2003, avec pour défi de qualifier pour la première fois les Ecureuils à la CAN 2004, l'équipe nationale affichait encore cette friabilité qui a eu raison d'elle quelques semaines auparavant à Khartoum (défaite face au Soudan 0-3). Comme sorti d'un musée, le vieil homme à la face livide et au crâne tondu cache mal ses inquiétudes renforcées par les replis de ses rides au front de son visage.

Sollicité au stade René Pleven d'Akpakpa pour ramener le technicien ghanéen à son hôtel moisi de crasse et couvert d'odeur de poisson frais, le sexagénaire avait fini par lâcher un sourire sympathique à l'énoncé de mon nom de famille. A bord de ma guimbarde, où il avait pris place, je lisais sérénité et confiance à mon égard quoiqu'il ait été informé au préalable par les responsables de la Fédération béninoise de football que son serviteur que j'étais subitement devenu faute de taxi est un journaliste.

Déformation professionnelle ou loquacité débordante, je me suis permis d'explorer ses connaissances du football béninois. Elles étaient exécrables. Il ne connaît aucun footballeur béninois. J'ai beau remonter l'histoire, parler des joueurs qui écumaient les stades à la même époque que lui, comme Anna Charles, Atta Pinceau, Alphonse Hondjo et plus près Dorego Saadou, Alikpara Ludovic ou encore Dossou Gbété, Zamba Raoul, Hounouvi Bernard, Johnson Fernando, Abdoulaye Mohamed "Petit Sory", Aské Mohamed, le technicien avoue son ignorance du football béninois. Mais pour un technicien, s'empresse-t-il de préciser, l'état des lieux c'est l'instant. "I'll try my best" ai-je saisi de son anglais aux accents tropicaux en guise de conclusion. Le temps presse. Le match retour face au Soudan s'annonçait difficile. Le Ghanéen a cherché en vain une star au Bénin à l'image de son ancien joueur Michael Essien. "Essien is my player", se plaît-il de rappeler.

Trois semaines après, il impose Jocelyn Ahoueya en milieu de terrain faute de compter sur Moussa Latoundji exclut pour deux matches suite à son carton rouge écopé à Khartoum. Les récriminations sont fortes sur la titularisation de Ahoueya mais le vieil homme a confiance en son gamin. Ce dimanche-là face au Soudan, avec son numéro 19, le néophyte Ahoueya est tenace en milieu de terrain. A la mi-temps, j'avais repéré Moussa Latoundji dans les tribunes officielles. Le visage caché derrière des lunettes fumées en jetant un coup d'œil sur ma fiche de début de match, il avoue : "c'est qui le n°19 ? Il est excellent".

Aujourd'hui Sir Jones peut s'enorgueillir d'avoir façonné Ahoueya, de lui avoir donné sa chance, là où certains le jugeaient petit de taille pour une carrière de footballeur. Sir Jones peut être fier d'avoir redéfini la carrière de ce garçon laissé au Mogas 90. Ahoueya signe actuellement les belles pages du FC Sion et des Ecureuils.

Il est vrai que le succès au Bénin comme à l'étranger d'Ahoueya est d'abord la conséquence de son travail personnel. Mais quand il fait vibrer le public sportif, les férus du foot admettent bien que Sir Jones devrait aussi récolter les lauriers. Derrière un grand entraîneur, se cache toujours un joueur de talent. Dans les pétales béninoises de Sir Jones, un pistil a donné des fruits. Ahoueya est ce pistil-là.


dimanche 24 juin 2007

Pourquoi les Togolais ont disjoncté !

En apprenant que nos voisins de l'Ouest ont perdu leurs nerfs après la lourde défaite des Eperviers à Cotonou, nombreux sont les Béninois qui s'interrogent sur l'essence de l'esprit belliqueux qui s'est emparé des frères togolais. Mais tout convergeait à la violence. D'abord l'enjeu, ensuite le derby et enfin la débâcle.

N'en voulons pas à nos frères togolais. Le football est ainsi fait. Là ou la passion passe, la raison s'efface. Les dernières violences sur les Béninois au Togo n'ont aucune explication encore moins de signification. La nature humaine est ainsi faite. Quand l'orgueil est sonné, on se laisse aller à ses nerfs. Les Togolais venaient à Cotonou pour décrocher une qualification à la Coupe d'Afrique des Nations. Une victoire même étriquée leur ouvrait, avec 12 points, le sésame. Mal leur en prit. Il faudra attendre la dernière journée pour décanter la situation dans le groupe 6. Les modestes Ecureuils, au "palmarès creux" et aux "performances poreuses" ont brisé l'élan des Eperviers entamé en 2005 avec ces superbes performances pendant les qualifications à la CAN 2006 puis l'apothéose d'une présence à la Coupe du monde 2006. L'histoire a horreur du bégaiement : une absence du Togo à la CAN 2008 renforcerait l'idée que sa présence en Allemagne n'était pas méritée. Sur cette belle lancée d'une qualification consécutive, une équipe aphone comme le Bénin vient couper une aile au rapace compromettant ses chances de se retrouver au Ghana voisin. Quelle impétuosité !

N'en voulons pas à nos frères togolais. La compétition est ainsi faite. L'animosité dans une famille ne s'estompe que lorsqu'un protagoniste refuse de faire le dos rond et se décide à passer sous les fourches caudines. Les adversités entre frères sont toujours des plus violentes Proximité oblige, la compétition est des plus rudes. C'est cela un derby. Une rencontre qui oppose deux camps, ayant des similitudes, partageant la même histoire, la même culture et la même géographie. Mais qu'une broutille appelée football oppose un matin parce que tout simplement un patriarche nommé CAF a proposé de sacrer l'un au détriment de l'autre à condition que le premier remporte une partie, ici une qualification à la CAN. L'enjeu de taille rappelle les légendes africaines des monarques qui souhaitent marier leur fille unique, la princesse, la plus belle de la cité, au prince charmant qui aurait répondu à toutes les énigmes ou remporter un combat épique.

N'en voulons pas à nos frères Togolais. La défaite est ainsi faite. Elle a des goûts amers. Surtout quand elle vous dérobe tout au moment où vous y attendez le moins. Se faire battre aussi lourdement par un adversaire que l'on prend pour une vaudeville est une humiliation. Dans ce derby, les Togolais ont oublié que ces éliminatoires ne sont qu'une course de fonds et non de vitesse et que la tortue peut dans ce cas prendre le dessus sur le lièvre distrait. Donc que les Ecureuils bien coachés peuvent remporter une affiche devant des Eperviers plus aguerris. L'adversaire ainsi dégonflé n'a plus de bravoure. Un homme qui perd sa bravoure dans la débâcle perd sa lucidité. Au pire, il est capable de se donner la mort. A défaut, il voit le malheur partout. Ses boucs émissaires sont tout trouvés. Sa famille, ses frères, son entourage, etc.
N'en voulons pas enfin à nos frères togolais. Quand on sait que le dernier adversaire qu'est le Mali jouera crânement ses chances à Lomé et surtout cherchera à répliquer à l'affront de mars 2005 à Bamako, il faudra craindre le début d'une véritable infortune pour nos voisins. Ce qui n'est pas souhaitable pour le Togo, car le football est la seule chose commune que partagent ses citoyens. Fini un match des Eperviers, que les rancœurs interethniques reprennent, avec leurs corollaires de violences électorales et de réfugiés tous azimuts dans les pays voisins Ghana et Bénin.
Aidons nos frères togolais à s'en sortir. Faisons leur comprendre qu'ils ont encore des chances de se qualifier à la CAN. Surtout qu'ils ont un match à domicile qu'il faudra gagner à tout prix. Expliquons leur que l'idéal est que Togo et Bénin se qualifient ensemble à Accra. De façon à ce que les cinq pays du Golfe de Guinée, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Bénin et Nigeria qui , de part et d'autre des frontières communes, partagent la même côte, les mêmes populations, les mêmes cultures, les mêmes régimes alimentaires, ont plus intérêt à être ensemble qu'à se pourfendre pour des broutilles de compétitions sportives. C'est cette musique-là que les Béninois doivent jouer pour apaiser leurs frères togolais.

lundi 18 juin 2007

La qualification des Ecureuils se joue à Lomé

Le parfum de qualification avidement inhalé à Cotonou est contenu dans une baudruche. Une victoire à Freetown face aux cancres sierra-léonais pourrait s'avérer insuffisante si l'un des deux rapaces, Eperviers ou Aigles, l'emportait d'un tout petit but à la dernière journée. En clair, pour les Ecureuils, le ticket gagnant du banquet d'Accra se joue plutôt à Lomé.

Accra n'est pas si loin. Mais pour y arriver, il faudra passer par Lomé. Cette lapalissade n'est pas que géographique. Elle est aussi sportive. Aussi bien pour les Ecureuils que pour les Aigles, la capitale togolaise devient dorénavant le siège de toutes les appétences. Comme si le sceptre du groupe 6 était entreposé dans un tabernacle chez nos voisins togolais, Lomé déterminera fort bien qui des trois prétendants mérite de fouler les pelouses ghanéennes en janvier 2006.

Le match plein, assuré par les Ecureuils dimanche dernier, a relancé la position des "Jaunes". Désormais à 8 points, juste derrière les deux co-leaders du groupe (Togo et Mali, 9 points chacun), le Bénin n'a pas son destin à ses crampons. Curieux paradoxe ! Après le match titanesque face au Togo et le boulevard qui se dresse face à la lanterne rouge du groupe, l'on devait rêver à une bien meilleure deuxième place, synonyme de qualification. Mais chasser les statistiques et elles reviennent au grand galop surtout dans une compétition pareille.

Il faudra retenir que pour se qualifier à la CAN 2008, il faut arriver premier ou premier ex æquo du groupe ou mieux accumuler au minimum 12 points au terme des six journées. Les deux derniers cas de figure sont à écarter pour les Ecureuils. Le premier cas est donc le seul qui vaille dans cette course pour Ghana 2008. Comme il est acquis ou permis de croire que les Léone Stars sont une machine à points, les Ecureuils avec 11 points gagneront leur ticket pour Accra à condition d'un match nul entre Eperviers et Aigles à Lomé. Tout autre résultat qu'un nul entre le Togo et le Mali élimine le Bénin. La qualification des Ecureuils se joue donc à Lomé et non à Freetown lors de la sixième et dernière journée.

Tchomogo, homme du match et Omotoyossi, homme de la journée
Pour autant le rêve qui est aujourd'hui permis est la résultante de l'éclatante victoire des Ecureuils emmenés par Omar Tchomogo. Avec deux passes décisives, la première, sortie des annales des écoles de football à savoir accélération, centre en retrait, l'arme fatale en football et la seconde, sur le même registre à partir d'un "Une-Deux" classique, Omar Tchomogo a tenu son double rang de capitaine et de meilleur passeur. Il aura ainsi permis en occasionnant le deuxième but de sonner le moral des Togolais et en provoquant le quatrième, de les assommer. Dans son couloir gauche, Tchomogo a été merveilleux par ces appels de balles qui ont rendu élastique et fluide le jeu des Ecureuils en deuxième partie.

De même, avec sa force bestiale de pénétration, Razack Omotoyossi a secoué l'ardeur défensive des Eperviers. Il aura réussi à se jouer de l'arrière garde togolaise en ouvrant d'abord le score en fin de première partie et ce contre le cours du jeu puis à récidiver une seconde fois avec le but du break. Son premier doublé en sélection face à une sélection nantie de performances comme celle du Togo en fait l'homme de la journée. Il confirme bien les choix de l'encadrement de le titulariser en pointe au détriment d'Abou Maiga.

Gagner sans tricher, le nouveau credo
Passée la période clair-obscure des penalties douteux, les Ecureuils savent à présent prendre leur destin aux crampons. Jouer sans tricher, gagner sans contorsions, tel semble le nouveau credo de l'équipe. C'est cette abnégation qui est à saluer dans la performance de dimanche. Une victoire limpide sans un coup de pouce, un football digne d'une romance avec un système de jeu bien rodé.

En choisissant de jouer l'offensive à outrance avec quatre attaquants (Tchomogo, Sessegnon, Ogoubiyi, Omotoyossi), Wabi Gomez est conforté dans son système. Il avait essuyé moult cirtiques face à l'Egypte en 2005 quand son équipe menant 3-1 s'est fait remonter à 3-3. Il a gardé la leçon sans renier ses convictions tournées vers l'offensive à domicile. Mais il y a deux ans le milieu de terrain béninois n'était pas aussi solide avec la paire Ahoueya-Tchomogo Séidath qui tourne actuellement à plein régime. Les deux qui ont pris du volume et de l'expérience rassurent à la récupération et ont beaucoup soigné leur relance.

Derrière, l'arrivée de Khaked Adénon aux côtés de Damien Chrisostome a sécurisé l'axe centrale. Enfin en raison, de la pléthore offensive, Wabi Gomez a bien compris en demandant à Anicet Adjamonsi et Alain Gaspoz de ne pas trop pratiquer les couloirs pour éviter la vague verte dans la seconde moitié béninoise. Dans cette entremise, Rachad Chitou a été tout oisif ce dimanche en l'absence d'attaquants percutants côté togolais.
En somme, comme un diesel, le moteur Ecureuils gagne du terrain. A condition que le retard mis au démarrage ne lui soit préjudiciable à l'arrivée. Ce serait alors dommage pour cette belle génération de rater le rendez-vous de 2008. Qu'Allah protège les Béninois à Freetown et à … Lomé!